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Quel héritage énergétique Français pour les générations futures ?

Quel héritage énergétique Français pour les générations futures ?

 

Nous assistons depuis maintenant 1 an à une politique systématique de dénigrement et freinage du solaire photovoltaïque en France.

De nombreuses voix, au sein de la filière solaire et des organisations environnementales entre autres, se sont élevées mais rien n’y fait, nos gouvernants nous élaborent, à l’issue du moratoire dans lequel nous nous trouvons encore actuellement, une politique de « développement » du solaire mortifère.

Il est bien loin le temps où les encouragements politiques avaient permis à la filière solaire française de se développer, d’investir, de créer des milliers d’emplois, tous persuadés que nous étions de suivre le modèle de politique énergétique allemand, poussés par une conscience sociétale et environnementale nouvelle !

Depuis la décision abrupte de rentrer dans un moratoire en décembre dernier, des réunions dites de « concertation photovoltaïque » avec les acteurs du secteur sont organisées. Quatre ont eu lieu à ce jour, toutes montrant un front commun des professionnels, des écologistes, mais aussi des parlementaires  contre l’administration, qui reste cependant arc-boutée à des propositions de limitation drastique de la puissance des centrales solaires connectées au réseau d’électricité.

La stratégie que nos gouvernants semblent nous avoir concoctée est la suivante: missionner l’Inspection Générale des Finances pour étudier le secteur et présenter un rapport sur la régulation et le développement de la filière photovoltaïque en France. Ce rapport, dit « rapport Charpin » (Jean-Michel Charpin, Inspecteur Général de Finances), est paru au final, au beau milieu de la saison estivale 2010 pour accoucher d’un document bourré d’hypothèses et chiffres plus que douteux. Il permet néanmoins de poser les jalons d’un encadrement qui sera probablement fatal à la viabilité du secteur, et notamment sur le marché français. En effet, fixer un corridor de développement de 300 MWc en toitures par an stoppera toute velléité de mise en place d’outils industriels significatifs dans l’hexagone, et sans un marché domestique vigoureux les opérateurs ne seront pas crédibles à l’export. A titre de comparaison, notre voisin Outre-Rhin a raccordé plus de 7 000 MWc en 2010 ! Ce rapport est aussi un alibi facile pour soi-disant mettre en exergue le coût démesuré du solaire subventionné par les tarifs d’achat, et mettre au pilori des spéculateurs attirés par des rendements financiers outranciers.

Mais à l’examen, de nombreuses données de ce rapport proviennent d’organismes non indépendants comme EDF (dont la filiale EDF Energies Nouvelles est le 1er opérateur du solaire en France !), d’autres sont sorties « du chapeau », des hypothèses de calcul sont biaisées, etc. ; Doit-on accepter par conséquent que notre politique énergétique se repose sur de telles supercheries !?

Nous ne pouvons accepter ces pratiques d’un autre âge !

Nous n’en sommes pas au coup d’essai de la technocratie électrique française : par exemple, en Juillet 2000, une "Étude économique prospective de la filière électrique nucléaire", missionnée par le Premier Ministre est présentée par le Commissaire au Plan, Jean Michel Charpin (Eh oui, la même personne !) avait par exemple retenu des hypothèses de prix du baril de pétrole en scénario de « tension »... à 28 dollars pour 2010 ou encore le prix de l’Uranium à 200 Francs le kilo, bien loin des réalités que nous connaissons aujourd’hui (un baril de pétrole autour des 100 dollars et l’Uranium 4 fois plus élevé et orienté à la hausse). Comme l’indiquait Patrick Hubert, dans un précédent article, disponible sur notre site (lien) « … ces hypothèses sous-tendent des décisions qui engagent notre pays sur des (très) longues périodes : 50 ans, en 2000, pour la filière nucléaire ». Il en va de même de la filière solaire.

Il est aussi légitime de s’interroger sur le manque d’audace et de perspective de nos gouvernants : quels tendances et modèles économiques sont susceptibles d’émerger ces 10 ou 20 prochaines années ? Un très large consensus s’accorde sur une hausse inéluctable du prix de l’électricité, du fait du renchérissement du coût de production d’origine fossile (nucléaire inclus), du démantèlement des centrales nucléaires et traitement des déchets, sans compter le renouvellement et le développement du réseau de transport et de distribution … Une gestion « intelligente » entre offre et demande devient nécessaire, tout ceci dans un contexte souhaitable de productions centralisée ET décentralisée. Enfin, l’acceptation sociale des énergies renouvelables est un fait, encore une fois conforté par le récent sondage de l’ADEME les plébiscitant. Ces éléments sont-ils si problématiques à considérer dans notre stratégie d’ensemble de production d’électricité ?

Alors comment en sommes nous arrivés à un tel acharnement contre le solaire ? Nous sommes nombreux à nous être interrogés ces dernières mois ; sans doute une crainte pour des lobbys puissants de constater l’arrivée plus rapide que prévu de la « parité réseau », c'est-à-dire le moment où le prix de revient du kWh solaire sera égal au prix de vente du kWh livré au compteur par l’opérateur historique, voire l’émergence de nouvelles sociétés gênantes pour nos oligopoles énergétiques. La question que tout un chacun serait en droit de se poser est : « A qui profite le crime ? »

Au final, pourtant, la vraie question à se poser, ne devrait-elle pas porter sur ce que nous souhaitons laisser comme héritage de production énergétique à nos enfants : exclusivement des cathédrales-forteresses nucléaires inamovibles pour 60 ans au moins servant un réseau hyper concentré, ou alors un bouquet énergétique diversifié, décentralisé, et qui pourra s’adapter rapidement aux (r)évolutions technologiques en préparation ?

Philippe CLOST, DG de SolarNet

 

SolarNet, opérateur et gestionnaire vise à constituer un réseau décentralisé de centrales photovoltaïques (essentiellement en toitures), géré pour répondre de façon réactive et homogène aux nouveaux besoins en énergie. Notre objectif est, avec l’ensemble de la filière, d’arriver au plus vite à la « parité réseau », c'est-à-dire le moment où le prix de revient du kWh solaire sera égal au prix de vente du kWh livré au compteur par l’opérateur historique. Les volumes augmentant et la concurrence jouant, la baisse déjà intervenue sur les coûts des matériels photovoltaïques rapproche les opérateurs solaires de cet objectif, notamment dans les pays où l’électricité est relativement chère. Les enjeux sont importants partout car ils révolutionnent les modèles de production, de transport & distribution et de commercialisation actuels.